Il y a cette odeur, d’abord. Celle des morilles qui se réveillent dans l’eau tiède, libérant leur parfum de sous-bois et d’humus. En brigade, on réservait toujours ce geste aux commis les plus attentifs. Parce qu’un risotto aux morilles, c’est d’abord une histoire de patience et de respect du produit.
J’ai préparé ce plat des centaines de fois, dans le silence concentré des services étoilés. Aujourd’hui, je le cuisine différemment. Moins de pression, même exigence.
Ce risotto demande votre présence entière, vos deux mains, votre attention. En échange, il offre cette texture crémeuse, presque indécente, et ce goût de printemps sauvage qui fait taire une tablée.
🥘 Les ingrédients du Risotto aux morilles
- 320 g de riz carnaroli (ou arborio de qualité)
- 40 g de morilles séchées
- 1 échalote grise finement ciselée
- 1 litre de bouillon de volaille maison
- 15 cl de vin blanc sec (Chablis ou Sancerre)
- 80 g de beurre AOP demi-sel
- 80 g de parmesan Parmigiano Reggiano 24 mois
- 2 cuillères à soupe d’huile de noisette
- Fleur de sel de Guérande
- Poivre blanc du moulin
👩🍳 Préparer votre risotto aux morilles : les étapes
- Réhydrater les morilles 30 minutes dans 50 cl d’eau tiède, puis filtrer l’eau précieusement : elle contient l’essentiel de l’arôme.
- Faire suer l’échalote dans 30 g de beurre à feu doux jusqu’à translucidité, sans coloration pour préserver la douceur.
- Ajouter les morilles égouttées et hachées, laisser revenir 2 minutes pour concentrer les parfums.
- Incorporer le riz, le nacrer 2 minutes en remuant pour l’enrober de matière grasse et sceller les grains.
- Déglacer au vin blanc, laisser évaporer complètement l’alcool avant d’ajouter le premier liquide.
- Verser l’eau des morilles filtrée, puis ajouter le bouillon chaud louche par louche en remuant constamment pendant 18 minutes.
- Hors du feu, incorporer le reste du beurre froid et le parmesan râpé en fouettant vigoureusement : c’est la mantecatura qui donne la texture crémeuse.
- Ajuster l’assaisonnement avec la fleur de sel et le poivre blanc, servir immédiatement dans des assiettes creuses tièdes.
Le secret commence par l’eau de réhydratation
Dans les cuisines de palaces, on ne jette jamais l’eau des morilles. C’est elle qui porte l’essentiel de l’arôme, concentré et terreux. Je les fais tremper au moins 30 minutes dans une eau à peine frémissante, jamais bouillante. Les morilles doivent se gorger lentement, retrouver leur chair souple sans se déchirer.
Pendant ce temps, je filtre cette eau précieuse à travers un linge fin. Le sable et les impuretés restent prisonniers du tissu. Ce liquide ambré deviendra le cœur aromatique du risotto, celui qui fait la différence entre un plat correct et un plat mémorable.
La mise en place, ce rituel invisible
Avant même de toucher une casserole, tout doit être prêt. Le bouillon de volaille frémit doucement sur un coin du feu. L’échalote attend, ciselée en brunoise fine. Le riz carnaroli repose à température ambiante. Cette organisation n’est pas du perfectionnisme, c’est une nécessité. Un risotto ne pardonne ni l’absence ni la précipitation.
Je fais suer l’échalote dans le beurre, à feu doux. Pas de coloration. Juste cette translucidité nacrée qui annonce la douceur à venir. Les morilles, égouttées et grossièrement hachées, rejoignent la danse. Leur parfum envahit la cuisine. C’est le moment où je sais que tout va bien se passer.
La technique de la mantecatura, geste ultime
Nacrer le riz dans cette base aromatique, le déglacer au vin blanc sec. Puis commence le ballet des louches. J’ajoute le bouillon progressivement, en mélangeant avec une cuillère en bois, toujours dans le même sens. Ce geste régulier libère l’amidon du riz, crée cette texture onctueuse que les Italiens appellent « all’onda » — à la vague.
Dix-huit minutes chrono. Pas une de plus. Le riz doit rester légèrement croquant au centre. Hors du feu, j’incorpore le beurre froid en parcelles et le parmesan râpé. C’est la mantecatura, ce moment de grâce où tout se lie. Je fouette vigoureusement, presque violemment. Le risotto devient brillant, crémeux, vivant.
Dressage et finitions de brigade
En service, on dressait le risotto dans des assiettes creuses tièdes, jamais brûlantes. Une quenelle généreuse au centre, quelques morilles entières réservées en garniture, un filet d’huile de noisette et des copeaux de parmesan. La simplicité comme signature.
Pour l’accord, je suggère un vin blanc de caractère. Un Meursault ou un Condrieu, qui ne craignent ni la puissance des morilles ni la richesse du plat. Quelque chose de gras, de rond, qui enrobe plutôt qu’il ne tranche.
La beauté du geste répété
Ce qui me touche dans ce risotto, c’est qu’il exige votre présence. Impossible de le préparer en faisant autre chose. Vous restez là, debout, à remuer, à observer, à sentir. C’est une méditation active, un dialogue entre vous et la casserole.
Les morilles séchées ont cet avantage sur les fraîches : leur goût concentré, leur disponibilité toute l’année. En brigade, on les gardait comme un trésor, dans des bocaux hermétiques, à l’abri de la lumière. Elles traversent les saisons sans rien perdre de leur magie forestière.
💡 Mes conseils pour réussir votre risotto aux morilles
- Ne rincez jamais le riz avant cuisson : l’amidon est votre allié pour obtenir cette texture onctueuse caractéristique du risotto réussi.
- Gardez toujours quelques morilles entières pour la finition, elles apportent une présence visuelle et une texture qui contraste avec le crémeux du riz.
- Le risotto se mange immédiatement, il ne supporte ni l’attente ni le réchauffage : prévoyez vos convives à table avant de commencer la mantecatura finale.





